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Blaise Compaoré, Gbagbo, Miriam Makéba, Tchaga, le monde de la musique...

Aïcha Koné parle : « Tout artiste doit faire de la politique... »

« Tchaga doit être prêt à affronter les ragots... »« Les ex-rebelles veulent aller à la paix... »
samedi 14 février 2009 par Thibault R. GBEI
 

Comment se porte Aïcha Koné, aujourd’hui ? Ça va. La diva va bien (Elle se met à rire). Le mois de janvier est un mois mort, mais ça va.

D’un style purement langoureux, la diva s’adonne dorénavant à un style mandingue. Qu’est -ce qui explique cela ? Non, Le style mandingue est vaste. Le mandingue est très grand avec ses différents rythmes. Moi je suis Sénoufo. Il y a des rythmes assez chauds, comme des rythmes posés. Cela dépend de chaque région. Je crois que dans chaque région, il y a des chansons assez langoureuses, posées et des chansons chaudes. Cela va de soi.

Etes-vous sûre d’être en phase avec vos fans habitués à votre style langoureux tel le célèbre titre ‘’Adouma’’ ? ‘’Adouma’’, était une de mes chansons de mes débuts. Je suis tout de même Sénoufo. Et chez nous, il y a des rythmes chauds. Cela n’a rien d’étonnant de me voir faire des chansons chaudes.

Qu’est-ce qui explique qu’on ne voit plus la diva Aïcha Koné sur le marché du disque ? Cela a toujours été dans mes habitudes. Entre mes sorties de disque, il y a toujours eu une marge de quatre (4) ans. Parce que j’ai toujours tourné pendant longtemps avec l’album que je mets sur le marché. Cela est ma façon de travailler. Parce que une œuvre chaque mois, tous les six (6) mois ou chaque année n’a jamais été ma manière de travailler. J’estime qu’un album qu’on sort a besoin d’être vendu, d’être mis en valeur par une promotion de qualité. C’est toujours comme ça ma méthode de travail. Peut être que vous êtes habitués à certains artistes qui font des albums tous les six (6) mois. Moi, j’essaie de tourner avec mes opus pendant des années. Là, je viens de rentrer de Paris où j’ai signé pour une tournée qui aura lieu en Allemagne les 5 et 6 juin prochains. Il y aura une semaine culturelle en Allemagne. Avant ça, le 02 mai prochain, j’ai une tournée européenne qui est en vue. Tout est calé. Je ferai cette tournée avec des artistes qu’on appelle les ‘’Voix Divines’’. Ce sont mes albums qui me permettent de faire ces tournées. Les écarts entre mes opus ont été toujours mon mode de fonctionnement.

Les fans sont inquiets... ? Non, les fans n’ont jamais été inquiets car je continue de tourner. (Elle se met à rire).

Que pensez-vous de ceux qui estiment que votre talent a été dévoré par la politique ? (Elle prend un air très sérieux) Il le faut. Mais ils sont où ? Ne sont-ils pas à Abidjan ? Ne voient-ils pas que le pays est lui-même dévoré par la crise ? Tout est dans la crise. C’est normal. Je le dis tout le temps. Je ne suis pas du groupe de ces artistes qui se plaisent à dire que la politique, ce n’est pas leur affaire. Mais la politique, ce sont les hommes qui la font. Avec ces hommes, nous sommes tous embourbés dans cette crise. Donc il faut trouver la solution. L’artiste que je suis, le porte-parole que je suis, quel aurait été mon rôle après la crise ? Qu’est-ce qu’on retiendra de moi, de la mère que je suis, de la femme que je suis. Quel aura été mon apport dans la résolution de cette crise qui a tout de même englouti mon pays ? C’est simple. Je ne pouvais pas rester insensible. A ceux qui pensent que je me suis laissée emporter par la politique ils doivent savoir que je tourne malgré la crise. Peut-être qu’à Abidjan, je ne tourne pas comme ils l’auraient souhaité. Mais je tourne. La crise aidant, même les promoteurs de spectacles sont également noyés. Parce qu’il faut des finances fortes. Il y a tout ça qui joue. Quand il faut sortir pour ramener la paix, je le fais. Sinon, c’est facile de chanter l’amour, la paix. Mais lorsque vous vivez la crise, votre rôle c’est quoi ? C’est en vérité de monter au créneau.

A propos, on vous prête des relations avec le président du Faso, Blaise Compaoré. Le président du Faso ? (Elle s’étonne un peu). Pourquoi veut-on que j’entretienne une relation spéciale avec le Président du Faso. On regarde comme tous les Ivoiriens la médiation. On se dit que petit à petit les choses sont en train d’avancer. Autant on peut détruire une maison, autant ce n’est pas facile de la reconstruire. Les choses vont lentement mais il faut qu’on se fasse confiance. Parfois, il y a des failles qu’on peut constater. Si certains trouvent que c’est lent, ils doivent comprendre que les choses ne viendront pas aussi facilement. C’est ça aussi les méfaits de la guerre. Je n’ai donc pas de relation spéciale avec le président du Faso. ce serait me donner trop de poids. (Elle éclate de rire) Mais comme tous les Ivoiriens, nous appelons de tous nos vœux la paix. Nous ne pouvons que prier et apporter au président du Faso notre soutien pour que la paix revienne en Côte d’Ivoire. C’est notre souhait.

Il semble que vous êtes par ailleurs une ‘’chouchou’’ du président Gbagbo ? (Elle pousse un soupir et se met à rigoler). Les rares fois que j’ai la chance de voir le Président Laurent Gbagbo, ça été pour lui apporter mes encouragements. Parce qu’il faut avoir un moral de fer pour se surpasser afin d’aller à la paix. Quand il a parlé, c’était pour tendre la main à Guillaume Soro. Et notre souhait était que Soro réponde à ses frères. Et Dieu merci, il l’a fait. On ne peut que maintenant faire des bénédictions pour que leur mission aboutisse. Avec l’unicité du pays, cela va nous aider dans la crise afin qu’il y ait une bonne entrée de devises dans les caisses de l’Etat. On souhaite aussi que l’administration puisse être redéployée sur l’ensemble du territoire. C’est encore un de nos souhaits. Ça prouve que nos frères qui avaient pris les armes sont de bonne foi. Ils ont envie véritablement que cette paix revienne. Quelque part, chacun doit s’asseoir et dire que ça n’arrive pas qu’aux autres. Ça ne doit pas arriver qu’aux autres. Nous aussi, nous avons connu cette guerre, cette erreur là. Quand nous nous donnerons la main, il faudrait repartir sur de bonnes bases, pour de bon.

Avez-vous des nouvelles de vos parents de Boundiali ? Très bien. Tout dernièrement mes parents étaient à la Mecque, grâce au président Laurent Gbagbo. Ils sont bien rentrés. Ils ont adressé leurs remerciements au président Gbagbo à travers la presse. Ça va. Je suis en contact avec le village. Je compte y aller après ma tournée à Dakar et à Banjul en Gambie. Cette tournée aura lieu à la fin de ce mois. Surtout que le chef de canton m’a demandé de le faire.

Parlons famille. En tant que mère et artiste, comment avez-vous appréhendé la carrière dans la musique de votre fils Tchaga ? A l’école, Tchaga avait opté pour l’hôtellerie. Il a fini. Il a dit qu’il veut s’essayer à la chanson. Il aime. Vous savez, on n’est plus à cette époque où il faut imposer quoi que ce soit aux enfants. Moi, dans ma famille, il n’y a pas de chanteur. J’ai été battu. On m’a empêché de chanter, j’ai voulu chanter. C’est ce que j’ai fait. Je me suis battue. J’ai fait trente cinq (35) ans dans ce métier. Dieu merci, j’ai une maison, j’ai un toit. Ça va. Je souhaite que Tchaga fasse mieux que moi, s’il veut embrasser cette carrière. Mais ce n’est pas facile. Il doit s’attendre à pas mal de peaux de bananes sur son chemin. Des phrases qui lui seront dites. Des mots méchants par-ci, par-là. C’est normal. On ne peut pas plaire à tout le monde.

Etes-vous prête à mettre les moyens pour faire avancer votre fils ? Ce n’est pas une question de moyens dans ce métier. Dans ce métier de chanteur on ne triche pas. Ou tu as la voix, ou tu ne l’as pas. Ou tu as un look de chanteur qui plaît. Mais il faudra chanter. Tu peux le compléter par la danse, mais il y a le métier de chanteur et celui de chorégraphe. Il lui faut cependant qu’il ait la voix pour embrasser la carrière de chanteur. Et puis le reste suivra. Le physique et tout le reste suivra. C’est un métier où on a tout, mais il faut pouvoir résister à toutes attaques. C’est une jungle. Même lorsque tu es bon, il y aura des gens pour te casser le moral. Un jour Alain de Mari est venu me voir et m’a dit qu’on était très fort pour résister face aux ragots. Des jeunes devant une école qui disaient que son ascension après une seule cassette n’était pas clair. Je lui ai dit : dans notre métier, il faut avoir un mental pour résister à tout. Dans notre métier, il y a tout ensemble. Il faut tenir, il faut résister. Au bout du chemin, les gens peuvent reconnaître votre mérite. Avec Tchaga, j’entends pas mal de choses. Mais je lui ai dit : tu entends ? Il va falloir que tu fasses ton chemin en évitant un certain nombre de choses. Il y a des gens qui m’appellent pour me dire que ton fils, il est beau. On espère qu’il ne va pas dévier. Je lui dis tu entends ? C’est comme ça dans notre métier. A toi de voir comment marcher dans le métier.

Il y a quelques mois, vous offriez un collier en or à l’artiste chanteur Corneille. Que doit-on comprendre par ce geste ? Comme beaucoup de femmes, de mères qui connaissent la vie de Corneille, je ne peux que l’aimer. Ce qu’il a vécu comme crise, comme guerre chez lui au Rwanda. Et sortir du lot et devenir une méga star que tout le monde apprécie. L’histoire de Corneille fait qu’on se voit dans son histoire. Quelqu’un qui a perdu tous ses parents, qui pouvait devenir un aigri. Mais qui s’est fait violence pour prôner l’amour. Je pense que c’est un exemple qu’on donne aux Ivoiriens. Nous sortons d’une crise, on doit se donner la main pouvoir se pardonner, pouvoir sortir et briller. Aller plus loin, remonter, refaire surface. Ça c’est la vie de Corneille. Tout le monde a vu ce qui s’est passé au Rwanda. Et pourtant partout où il passe, Corneille prône l’amour. C’est pourquoi j’aime Corneille. Ça ne nous étonne pas qu’il fasse salle comble à son concert à Abidjan. Avec Corneille, on comprend qu’on peut partir de rien et réussir. On peut partir d’une déchirure, panser ses plaies en soi et avancer tout en prônant l’amour.

Il était prévu un duo avec Corneille. Cette idée tient toujours ? C’est mon souhait. Mes organisateurs de spectacles au Canada, que j’avais vu au Burkina Faso, ont été mis en branle pour pouvoir peaufiner cette idée. Je verrai Yves De Mbella pour qu’il arrange ce duo entre Corneille et moi. C’est mon rêve de réaliser un duo avec lui. Je compte reprendre son titre ‘’Le bon Dieu’’.

A vous écoutez au concert, on sentait que c’était un tube que vous écoutiez tout le temps ? C’est une chanson que j’aime, qui magnifie la femme et qui retrace ce qu’une femme peut supporter. Et faire ressortir le côté divin de la femme, c’est ce qu’a pu faire Corneille. C’est pourquoi, j’aime ‘’Le bon Dieu est une femme’’. Comment une femme, après une déchirure, peut prôner l’amour.

Après avoir causé avec lui quel est son mental ? Je ne vois pas en lui un enfant qui porte la rancœur. C’est pourquoi je dis que Corneille est un exemple. Nos jeunes ivoiriens doivent suivre son exemple. Il prône beaucoup l’amour. C’est pourquoi il était beaucoup sensible à nos gestes. A tout ce qu’on pouvait lui dire, Corneille on t’aime. Je disais à Corneille ce que tout le monde disait dans la salle.

Quels sont les futurs objectifs de la diva... ? Je pense à mon prochain album. Je pense à une chanson qui va réconcilier tout le monde. Une chanson que tout le monde va danser. Une chanson qui fera que tout le monde pensera à un lendemain meilleur.

Revenons sur le processus de paix. Avez-vous rencontré les frères qui ont pris les armes pour parler amour ? Oui. On n’a pas besoin de parler. J’ai eu à rencontrer Konaté Sidiki, Wattao, Fofié et autres. Mais je n’ai pas pu rencontrer Koné Zackaria. Pour l’essentiel, ils veulent tous la paix.